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[club] Weiner-Cusk-Guéritault – La femme assassinée

violaine gueritaultJuliet est une femme frustrée. Cela est clair dès les premières pages du roman : elle a le sentiment d’avoir sacrifié le brillant avenir auquel elle était promis à son mari. Elle le dit dans des mots très dure : “All men are murderers, Juliet thought. All of them. They murder women. They take a woman and little by little they murder her”

Juliet se sent assassinée. Elle n’existe que le dernier vendredi du mois pour son club de littérature. “At the Literary Club, however, for an hour, Juliet took a human form”

De même Kate rêve que sa vie n’est pas la sienne : elle explique dans le premier chapitre que c’est un rêve récurrent. Elle a du mal à être actrice de sa propre vie. C’est un syndrome du burnout décrit par Violaine Guéricault. Enquêter sur le meurtre de Kitty lui permet de reprendre contact avec sa vie professionnelle d’avant ; mais cette enquête est bien plus qu’un hobby. Depuis la naissance des enfants, Kate était dans une sorte de dépression, elle n’arrivait à s’intéresser à rien. Depuis trois ans, cette enquête est la première chose qui l’intéresse, c’est en quelque sorte une thérapie, ce qui lui permet de reprendre goût à la vie. L’enquête lui permet de reprendre confiance en elle. Elle poursuit l’enquête au péril de sa vie car elle lui permet à nouveau d’exister c’est à dire d’être quelqu’un (en référence au titre au début du roman Kate sent qu’elle n’existe pas, qu’elle n’est personne, que sa vraie vie est ailleurs).

Juliet songe à se venger de son “assassinat” en expliquant à ses élèves que Les Hauts de Hurlevent traitent avant tout de vengeance… Elle développe un argument autour de la mère des soeurs Brontë qui me rappelle l’argument de la soeur de Shakespeare de Woolf (très présente dans Arlington Cusk). La mère des soeurs Brontë a été assassinée par son mari, sa famille, en quelque sorte ses filles l’ont vengée.

Auteur

mptachet@gmail.com

Commentaires

admin
19 août 2015 à 16 h 50 min

Ta lecture des romans au prisme de l’essai sur le burn-out maternel est particulièrement éclairante. Je constate que, que ce soit dans l’essai ou dans les romans, un tableau de la situation est brossé, une analyse de ses causes est esquissée (surtout dans Arlington Park, par le personnage de Juliet, et de manière peut-être un peu radicale), mais aucune réelle solution n’est envisagée. Celles proposées par V. Guéritault en fin d’ouvrage s’adressent en grande partie aux pères, mais c’est le regard de la société dans son ensemble sur le travail maternel qui a besoin d’être modifié. Est-ce possible, dans une société qui n’est plus basée sur les liens familiaux mais sur l’épanouissement de l’individu ? Les mères sont-elles les boucs émissaires de notre société individualiste et consumériste ?



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