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Interview de Nina Menkes

Une réalisatrice engagée

Nina Menkes est une réalisatrice qui est née à Jérusalem et a grandi en Californie. Elle enseigne au California Institute of the Arts à Santa Clarita. Nous avons découvert son travail grâce à son film documentaire Brainwashed: Sex-Camera-Power disponible sur Arte.

Elle nous fait l’honneur de nous parler des femmes sur l’écran et derrière la caméra ainsi que du langage visuel de l’oppression souvent résumé par l’expression male gaze.

Le male gaze

Comment vivent les réalisatrices à Hollywood ? C’est quoi le male gaze ? Vous voulez des exemples précis et enfin comprendre c’est quoi le problème avec le male gaze ? Peut-on filmer des scènes de sexe sans male gaze ? Pour répondre à ces questions, écoutez notre interview de Nina Menkes, la réalisatrice de Brainwashed: Sex-Camera-Power.

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Le documentaire de Nina Menkes est disponible en DVD.

Nina nous a épatées par ses réponses claires et sincères ainsi que ses exemples pertinents. Ses arguments sur le male gaze au cinéma nous ont rappelé les nôtres sur les points de vue confisqués en littérature dans Pour en finir avec la passion.

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nina menkes by ondrea barbe smile love

Pour aller plus loin

https://www.arte.tv/fr/videos/110260-000-A/brainwashed-le-sexisme-au-cinema/

https://www.champselyseesfilmfestival.com/2023/en/avant-premieres/movie-604-brainwashed-sex-camera-power

https://www.berlinale.de/de/2022/programm/202200805.html

Laura MULVEY, « Plaisir visuel et cinéma narratif » dans Au-delà du plaisir visuel, éd. Mimésis 2017 [1975].

Films cités en exemple dans l’interview par Nina Menkes :  Lost in translation de Sofia Coppola (2003), Magdalena Viraga de Nina Menkes (1986), Saint Omer d’Alice Diop (2022), Sans toit ni loi d’Agnès Varda (1985), Titane de Julia Ducourneau (2021)

Transcription et traduction

L’interview est en anglais: la traduction et la transcription sont disponibles ci-dessous. Erratum : Nina Menkes est née à Jérusalem.

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Interview d’Elodie Pinel : les philosophEs sont-elles des femmes?

Un essai chez Stock : Moi aussi je pense donc je suis

Elodie Pinel a publié le 14 février un essai sur les femmes philosophes aux éditions Stock. Cet essai vise à nous faire découvrir des penseuses trop souvent oubliées des manuels scolaires et des amphithéâtres et à nous faire penser avec elles, quelque soit notre expérience de la philosophie, quelque soit notre genre, quelque soient nos opinions. Elle nous explique son projet dans notre épisode du 10 mars.

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Un parcours autobiographique

Dans son essai, Elodie Pinel revient sur son parcours de philosophe. Elle remarque les femmes qui lui ont manqué : les enseignantes à l’université et les modèles dans les livres. Elle se demande pourquoi elle a cru abandonner la philosophie en ne devenant pas aussitôt professeure de philosophie. Elle témoigne de son combat pour l’égalité. Sa copie d’agrégation qui comportait autant de références à des philosophes femmes qu’à des philosophes hommes ne devrait pas être une exception.

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Une enquête sur l’invisibilisation des femmes

Dans son essai, Elodie Pinel met en avant les procédés qui ont conduit à éliminer les femmes philosophes des manuels scolaires et des bancs de l’université. Elle ajoute que certains procédés sont encore à l’œuvre aujourd’hui : « en 2019, sur 84 noms de la liste des auteurs à étudier en classe de terminale, seuls 5 sont féminins. Hannah Arendt, Simone
de Beauvoir, Simone Weil, Elizabeth Anscombe,
Jeanne Hersch ont ainsi les honneurs du Conseil
supérieur du programme
« 

Une (re)définition de la philosophie

Sa recherche de femmes philosophes conduit Elodie Pinel à s’interroger sur la définition de la philosophie. Si l’on en fait un métier lié à l’enseignement et à l’université, dont les femmes ont longtemps été exclues, on contribue à invisibiliser les femmes. Si l’on réduit la contribution des femmes à leur féminisme, on en fait des militantes plus que des penseuses ou des références.

Et si on lisait ces femmes au lieu de disserter sur leur genre?

Pour aller plus loin

Au sujet de « Moi aussi je pense donc je suis. Quand les femmes réinventent la philosophie » d’Élodie Pinel – humanitelles

5 essais pour repenser nos vies | Les Inrocks

Moi aussi je pense donc je suis | Philosophie Magazine

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Interview d’Élodie Gaden

Autrices de l’Égypte francophone (1897-1961)

Saviez-vous qu’il y avait en Egypte au début du XXème des autrices qui écrivaient en français ? Nous ne le savions pas avant de rencontrer les travaux d’Élodie Gaden, invitée dans notre podcast. Elle nous fait découvrir des autrices oubliées parmi lesquelles Valentine de Saint-Point, Jehan d’Ivray, Alice Poulleau, Out-el-Kouloub… 

Elodie Gaden, notre invitée

Elodie Gaden est agrégée de Lettres Modernes et titulaire d’un doctorat en littérature de l’Université de Grenoble. Elle a soutenu en 2013 une thèse intitulée “Ecrits littéraires de femmes en Egypte francophone : la femme « nouvelle » de 1897-1961”, publiée chez Classiques Garnier en 2019, et elle a aussi publié Valentine de Saint-Point. Des feux de l’avant-garde à l’appel de l’Orient aux Presses universitaires de Rennes en 2019 également. Elle est actuellement chargée de mission d’inspection en lettres dans l’académie de Versailles. Elle est également formatrice académique sur les questions d’égalité filles/garçons et de lutte contre les violences sexuelles et sexistes.

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Pour aller plus loin

Comptes d’Élodie Gaden : 

@ElodieGaden (Twitter)

Ouvrages 

Elodie Gaden, Écrire la « femme nouvelle » en Égypte francophone, 1898-1961, Paris, Classiques-Garnier, 2019

sous la direction d’Élodie Gaden et Paul-André Claudel, Valentine de Saint-Point. Des feux de l’avant-garde à l’appel de l’Orient, Presses universitaires de Rennes, 2018.

Jehan d’Ivray, Au cœur du harem, Presses universitaires de Saint Etienne, 2011.

Alice Poulleau, A Damas sous les bombes, éditions des régionalismes

Isis Copia (May Ziadé), Fleurs de rêve, 1911.

Articles d’Élodie Gaden

« Out-el-Kouloub, romancière égyptienne, musulmane, de langue française : L’altérité culturelle au sein de l’histoire littéraire des femmes françaises », Fabula-LhT, no 7,‎ avril 2010

Valentine de Saint-Point (1875-1953), un article de la revue Nuit blanche, le magazine littéraire, 16 juillet 2012

« « J’irai m’enchanter tristement auprès de mes sœurs islamiques » : Les Derniers Harems (1933) de Myriam Harry », Sociétés & Représentations, vol. 34, no. 2, 2012, pp. 165-173.

Elodie Gaden, « L’esclavage dans les harems d’Égypte, abolition, résistance, survivance. Regards littéraires de Jehan d’Ivray » in Esclavages et littérature. Représentations francophones, Christiane Chaulet Achour (dir.), 2016

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Interview de Jennifer Tamas

Actualiser notre lecture des classiques

Dans son essai Au Non des femmes (Seuil, 2023), Jennifer Tamas fait le lien entre des questions actuelles (le consentement, le sexisme…) et la littérature dite classique. Elle n’hésite pas par exemple à comparer le personnage d’Hélène à Marilyn Monroe.

Notre interview de Jennifer Tamas

(Re)lire les classiques

Jennifer Tamas nous invite ainsi à retourner aux textes. En effet, ce qu’on croit savoir sur les classiques nous vient souvent d’un manuel, d’une critique ou d’une autre œuvre. Quelle version du Petit Chaperon Rouge a-t-on lu? A-t-on fini Andromaque de Racine ou se souvient-on surtout des peintures qui la représentent implorant Pyrrhus? Parle-t-on de la Princesse de Clèves ou de la lecture de Philippe Sollers?

Souvent des stéréotypes sexistes nous détournent des héroïnes et de leur bravoure. On voit en Andromaque une veuve noire et en la Princesse de Clèves une femme frigide au lieu de remarquer qu’elles sont des héroïnes du non. Jennifer Tamas nous invite ainsi à libérer les classiques du regard masculin.

Jennifer Tamas invitée de notre podcast

Jennifer Tamas a répondu à nos questions et nous a permis de réaliser un épisode passionnant où se mêlent réflexion sur le rôle de la littérature, interrogation sur sa transmission et mise en évidence de notre vision faussée de l’Ancien Régime.

Merci à Jennifer Tamas et à nos auditeurices !

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crédits Bénédicte Roscot

Pour aller plus loin

Comptes de Jennifer Tamas : @JennTamas (Twitter) ; @jenntams (Instagramm)

Site perso de Jennifer Tamas

Ovidie, Princesse de Clèves des temps modernes ? Une ou deux vertus de l’anachronisme

Notre interview de Jennifer Tamas

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Lire Paul Bourget aujourd’hui

Rencontre avec Dominique Ancelet-Netter

Dominique Ancelet-Netter a occupé la fonction de Maître de conférences en littérature à la faculté des lettres de l’Institut Catholique de Paris. Chercheuse en littérature, elle est spécialiste du Moyen Âge mais aussi de Paul Bourget.

Après avoir lu notre essai Pour en finir avec la passion (co-écrit avec Sarah Delale, Amsterdam, 2023), elle nous a contactées pour nous conseiller de lire Paul Bourget.

Cela nous a bien sûr surprises : pourquoi lire un écrivain oublié et réactionnaire quand on s’intéresse à la condition féminine et au féminisme?

Mais la lecture de quelques textes de Paul Bourget (disponibles sur Gallica ) nous a convaincues d’inviter Dominique Ancelet-Netter dans notre podcast.

Elle a répondu à nos questions avec enthousiasme.

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Pour aller plus loin

Pauvre petite! une nouvelle de Paul Bourget pour commencer.

Au maître, au confrère, à l’ami : florilège d’envois à Paul Bourget. Barbey d’Aurevilly, Zola, Huysmans, Mauriac… Les plus grands noms de la littérature de la fin du XIXe et du début du XXe siècle lui ont adressé leurs témoignages de respect, d’estime ou d’amitié.

Fonds Bourget ICP Nakala

Numéro 165 (avril- juin 2023) de Transversalités (Revue de l’Institut catholique de Paris) consacré à Paul Bourget 

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Les femmes dans les polars

Interview de Caroline Granier

Caroline Granier est enseignante en lycée, normalienne, agrégée et docteure en Lettres modernes. Elle a soutenu sa thèse de doctorat en 2003 à l’Université Paris-VIII : “Nous sommes des briseurs de formules » : les écrivains anarchistes en France à la fin du dix-neuvième siècle”. Elle est publiée en 2008 aux éditions Ressouvenances. C’est dans cette même maison d’éditions que Caroline Granier a publié deux ouvrages qui nous intéressent aujourd’hui : À armes égales. Les femmes armées dans les romans policiers contemporains, en 2018  et En quête d’héroïnes en 2022.

Quand des lectrices de polars se rencontrent…

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Notre interview est en ligne.

Caroline Granier nous explique pourquoi elle s’intéresse aux polars en féministes.

Puis nous parlons victimes, criminelles et héroïnes…

« J’ai vu dans ces héroïnes l’antidote à des siècles de littérature classique qui ont décliné le récit de la défaite des femmes, qu’elles soient fragiles ou victimes, vaincues ou assassinées, corruptrices ou fatales » (Caroline Granier, À armes égales, p. 12)

Pour en savoir plus

Le site Les louves du polar

Caroline Granier, À armes égales. Les femmes armées dans les romans policiers contemporains (Ressouvenances, 2018)  et En quête d’héroïnes ( Ressouvenances, 2022).

Élodie Pinel, « Le succès du roman policier français », Études, 2020/1 (Janvier), p. 93-101. DOI : 10.3917/etu.4267.0093. URL : https://www.cairn.info/revue-etudes-2020-1-page-93.htm

Caroline Granier tient un blog et un compte insta : Vive les polars féministes!

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Interview d’Azélie Fayolle

Azélie Fayolles

Azélie Fayolle est chercheuse en littérature, postdoctorante à l’Université Libre de Bruxelles et agrégée de lettres modernes. 

Sa thèse Ernest Renan : savoirs de la nature et pensée de l’histoire vient d’être publiée chez Honoré Champion.

Son projet FNRS, « Femmes, nature, discours », est consacré à l’étude des féminismes du XIXe siècle, à l’idée de nature et au statut discursif des textes protéiformes des féministes et à leurs styles.

Un grain de lettres

Elle anime depuis 5 ans la chaîne Youtube “Un grain de lettres “où on cause de littérature, le plus souvent, de féminismes, régulièrement, de lectures, et surtout ce que ça fait, à ce moment-là, de …” . Les vidéos sont toujours improvisées.

Des femmes et du style. Pour un feminist gaze.

Azélie répond à nos questions sur son essai publié aux éditions Divergences Des femmes et du style. Pour un feminist gaze.

Une phrase clé : “Le feminist gaze fait le lien entre le regard des féministes sur le monde, et sa réalisation dans leurs oeuvres”(p. 33)

“Les romans à male gaze oeuvrent activement pour créer et entrenir une connivence masculine et viriliste, un immense boys’club se tapant sur l’épaule dans les bordels et se saluant de texte en texte” (p. 133)

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Photo Gracia Bejjani

Pour aller plus loin

un grain de lettres – YouTube

Des femmes et du style. Pour un feminist gaze. | Editions Divergences

Qu’est-ce que la littérature féministe ? Azélie Fayolle (Des femmes et du style)

Dans cet épisode, nous rencontrons Azélie Fayolle pour parler de son essai Des femmes et du style et pas que… Il est aussi question de sa chaîne YouTube Un grain de lettres, de Renan, du XIXème et d’un livre de Kate Millett dont a oublié le nom (c’est Sexual Politics)
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Interview de Julien Marsay- La revanche des autrices

Connaissez-vous Marguerite Porete, Madame de Graffigny, Olympe Adouard, Marie-Anne Barbier et Catherine Pozzi ?

Couverture de l'essai La revanche des autrices représentant une plume.

La revanche des autrices de Julien Marsay va non seulement vous dire qui sont ces autrices mais surtout pourquoi vous ne les connaissez pas. Cet ouvrage n’est ni une anthologie ni une galerie de portraits mais une enquête mettant à jour les méthodes et les procédés qui ont permis durant des siècles de systématiquement caricaturer, cacher ou silencier les autrices.

Invité dans notre podcast, Julien Marsay nous présente des exemples de ces méthodes et de ces procédés d’invisibilisation.

Julien Marsay, portrait
Julien Marsay (copyright : Alexandre Isard)

Pour aller plus loin

La revanche des autrices. Enquête sur l’invisibilisation des femmes en littérature

Le compte twitter @Autrices_Invisi

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Élodie Pinel – Ce qui arrive backstage

Dans cet épisode de notre podcast, Élodie Pinel, la co-créatrice de Qui a peur du féminisme? nous parle de son roman, Ce qui arrive backstage paru aux éditions Anne Carrière le 20 mai 2022.

Couverture du livre d'Élodie Pinel représentant son portrait se décomposant

Ce qui arrive backstage est une histoire d’emprise au temps du coronavirus. Journaliste culturelle précaire faisant ses premiers pas de chroniqueuse TV dans une émission à succès, la jeune L. croise le chemin d’un animateur radio célèbre… Ce n’est pas du tout la rencontre qu’elle espérait.

Élodie Pinel nous explique pourquoi et pour qui elle a écrit ce récit et ce qu’elle espère ensuite!

Écoutez également l’interview d’Élodie pour Saisons de culture.

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Podcast – Don Juan, Heathcliff et Benjamin Mendy

Don Juan, Heathcliff et Benjamin Mendy : Quelle analogie littéraire pour défendre le footballeur ?

Du 10 août au 17 novembre 2022 s’est tenu le procès de Benjamin Mendy, accusé de sept viols, d’une tentative de viol et d’une agression sexuelle.

En lisant les comptes-rendus du procès dans la presse, des figures littéraires me sont apparues. A qui le footballeur pourrait-il s’identifier pour se défendre?

Séducteur?

Au début du procès, il est décrit comme un don juan. Il se serait vanté d’avoir couché avec 10 000 femmes (The Guardian, 18 août). Il ne confirmera pas ce chiffre mais ne cachera pas rechercher de nombreuses partenaires. Il ne veut pas de relations sérieuses mais seulement des coups, parfois plusieurs la même soirée. Pourrait-on le comparer au célèbre séducteur de Séville qui fait l’éloge de l’inconstance? « Toutes les belles ont droit de nous charmer, et l’avantage d’être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu’elles ont toutes sur nos cœurs »(Dom Juan, Molière, acte I scène 2). Ce serait un choix de défense maladroit : de Tirso de Molina à Erik-Emmanuel Schmitt en passant par Molière et Dumas, don Juan s’appuie tantôt sur le mensonge tantôt sur la force pour violer.

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Outsider?

« Je sais que je ne suis pas Brad Pitt. Si elles s’approchaient de moi, ce n’était pas pour mon look… Mais parce que j’étais footballeur. » (L’Équipe, 8/11/2022). Ces propos rapportés du défenseur mancunien me font songer à Heathcliff, le héros d’Emily Brontë qui affirmait qu’il ne serait jamais beau sans les yeux bleus et les cheveux blonds d’Edgar Linton (Hurlevent, Folio, p. 99). Moqué et rejeté pour son apparence physique plus encore que pour ses origines inconnues, Heathcliff doit devenir riche pour plaire. Là encore mauvais choix de défense : Heathcliff retourne la violence reçue, maltraite sa femme et vampirise son entourage.

Tout au long du procès, la figure qui s’impose le plus est celle du dandy. Promis à un brillant avenir, il se perd, étourdi par les promesses de gloire et de fortune : fêtes arrosées jusqu’au petit matin, sexe non-protégé, non-respect du confinement (L’Équipe, 22/09/2022, 8/11/2022). Benjamin Mendy dandy du XXIème? Stendhal n’avait-il pas trouvé dans un fait divers le modèle de Julien Sorel? Oui, mais Sorel est un féminicide… Encore une fois mauvaise défense.

Choisir une héroïne

La littérature regorgeant de héros masculins toxiques, Mendy a donc tout intérêt à puiser du côté des héroïnes pour soutenir son innocence

Je suggérerais Albertine qui a été accusée sans preuve et emprisonnée par le narrateur de La Prisonnière de Proust, et qui, surtout demeure une énigme. On sait peu de choses d’elle, tout comme on sait peu de choses de Benjamin Mendy. Tout ce que l’on sait d’eux, c’est ce que les autres en disent.

Depuis le début de l’affaire, le footballeur se tait et laisse les autres parler de lui. La structure du procès renforce son silence en le mettant à la barre en dernier. Lorsqu’enfin il parle, c’est en anglais et d’une voix à peine audible (L’Équipe, 8/11/2022). Ses mots semblent répétés à l’avance et sont, de plus, tronqués par les compte-rendus de la presse. Telle Albertine ou Manon Lescaut, Benjamin Mendy est le héros silencié de l’histoire qui porte son nom.

Au moins il a son nom.

Les femmes qui l’accusent n’ont ni renommée ni même un prénoms. Elles sont désignées par un numéro. En dehors du procès, Benjamin Mendy est champion du monde, chevalier de la légion d’honneur, ex défenseur le plus cher de l’histoire… Et les femmes en face sont 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7. Leur anonymat est protégé bien sûr mais on se demande comment elles peuvent écrire une histoire qui porte le nom de celui qu’elles accusent ? Qui se souvient d’Elvire dans Dom Juan ou de Cordélia dans Le journal du séducteur ?