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[club] Zola-Mauriac – Vie domestique indigne d’intérêt

tr 1Thérèse Desqueyroux se désintéresse des tâches domestiques attribuées, dans son milieu, aux femmes (le soin des enfants vient au premier rang, mais aussi le soin du mari) quand sa belle-soeur Anne y excelle. La vie qu’elle mènera à Paris sera d’ailleurs une vie de célibataire, quasi-recluse, marginale.

De même on trouve, chez Thérèse Raquin, ce mépris pour la vie ordinaire : lorsque Suzanne vient accompagner Thérèse dans la mercerie après l’attaque de paralysie de Mme Raquin, il est dit de Thérèse qu’elle “écoutait avec des efforts d’intérêt les bavardages lents de Suzanne qui parlait de son ménage, des banalités de sa vie monotone. Cela la tirait d’elle-même. Elle se surprenait parfois à s’intéresser à des sottises, ce qui la faisait ensuite sourire amèrement” (ch. XXX).

Emma Bovary partage avec nos deux Thérèse l’absence de tout sentiment maternel. Est-ce un moyen pour Flaubert, Zola et Mauriac de présenter leur personnage comme des femmes dénaturées, et d’expliquer ainsi leur crime ?
Cette hypothèse peut être accréditée par l’apparition de l’image de la femme Ange du Foyer et bonne mère au XIXe telle que l’analyse E. Badinter dans L’amour en plus.

Auteur

elodie.pinel@gmail.com

Commentaires

daisy
3 septembre 2015 à 19 h 09 min

Je crois que la trivialité, le ménage, les choses domestiques n’intéressent personne.
Premièrement les tâches domestiques sont dévalorisées et on ne peut donc pas s’en vanter. Deuxièmement, cela nous ramène à notre dernière discussion : la difficulté de ces tâches n’est pas reconnues. Enfin, elles sont vaines. Simone de Beauvoir le souligne dans le Deuxième sexe : sitôt la poussière enlevée, elle revient. C’est aliénant.
Donc le mythe de l’Ange du foyer c’est un moyen pour que les hommes s’en débarrassent et aussi une tentative pour valoriser les femmes au foyer (tentative qui échoue car elles n’arrivent pas à aimer ça)
Le mépris des Thérèse est normal, mais il est perçu comme choquant.



admin
4 septembre 2015 à 14 h 43 min

On trouve la même analyse de l’absurdité de ces tâches dans Condition de l’homme moderne de Hannah Arendt : elle les définit comme un travail, par opposition à l’oeuvre qui permet de construire quelque chose.



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