Archives mensuelles : mai 2011

[club] Poulain de la Barre – L’exception ne fait pas la règle

Les féministes sont parfois tentées d’avancer le destin d’une femme pour prouver la valeur des femmes.

Poulain de la barre ne s’engage pas sur cette voie car il sait qu’on lui répondra que l’exception confirme la règle. p. 351 : il veut rester dans le général pas dans le particulier.

L’hypothèse soeur de Shakespeare de Woolf aurait donc plus de poids que Woolf elle-même…

[club] Poulain de la Barre – L’anonymat involontaire

Je souhaitais relever le peu d’écho que le traité de Poulain eut à son époque. Peu d’écho auquel il était le dernier à s’attendre ! Poulain souhaitait pouvoir répondre à des contradicteurs et s’attendait à susciter une virulente polémique… Et rien ! Il dut écrire lui-même les objections qu’il aurait souhaité combattre, comme s’il se livrait au vieil exercice médiéval de la disputatio (examen des arguments “pour” puis des arguments “contre”, ou inversement).

Il est vrai que les traités féministes en tant que tel n’étaient pas nombreux à l’époque. Mais nous avons vu, à travers nos lectures, que beaucoup d’oeuvres, romanesques ou théâtrales, traitaient de la question des femmes. Les Précieuses, critiquées de manière presque unanime, même par Poulain, qui fait d’elles un portrait satirique (p. 164). Poulain épingle leur orgueil et leur vanité, leur goût pour l’artifice et leur dédain pour le mari. Mais il occulte qu’à travers le mari, c’est l’institution du mariage que les Précieuses méprisent, et méprisent en acte, pas seulement en théorie!

Cela rejoint un des posts précédents : et si les oeuvres de fiction et les comportements quotidiens de certains n’avaient pas, en l’occurrence, fait davantage pour la cause des femmes qu’un traité de philosophie ?

[club] Poulain de la Barre – Penser et/ou agir

Poulain de la Barre pense l’égalité des sexes et fait un effort intellectuel pour la démontrer. Plus exactement, il montre que l’inégalité des sexes est un préjugé qui repose en grande partie sur la force de la coutume.

Mais veut-il pour autant changer la coutume ?

Ainsi lorsqu’il réfute les théologiens qui trouvent dans les propos de Paul de quoi justifier l’inégalité des sexes, il remarque qu’il dit seulement que les femmes doivent rester où elles sont, que Paul approuve la coutume sans l’appuyer sur la nature.

Est-ce aussi la position de Poulain ? Veut-il seulement démontrer l’égalité des sexes pour la forme sans œuvrer pour l’émancipation des femmes ?

Je trouve qu’il est difficile de répondre. Certes il met en place un programme d’éducation des femmes, mais il prône aussi la discrétion du philosophe. p.286 « Il faut étudier pour soi seul et comme si l’on était seul ; penser le mieux que l’on peut, puisque l’on ne pense pas comme l’on veut ; et demeurant parmi les hommes, par que l’on ne s’en peut séparer absolument, ne pas paraître trop d’esprit, ne pas exercer sa raison sur toutes choses en leur présence, puisqu’ils y trouvent à redire »

Il faut bien sûr considérer l’époque de Poulain. Il se peut que sa position soit stratégique. En effet, il risquait la censure s’il avait eu des visées révolutionnaires. De même il doit rester très prudent en critiquant la Bible.

[club] Poulain de la Barre – Cartésianisme et féminisme

Une des stratégies de Poulain de la Barre est de montrer que les différences entre les hommes et les femmes se résument à des différences physiques, qu’ils ont le même esprit dans des corps différents. « Il est aisé de remarquer que la différence des sexes ne regarde que le corps » p.95

Cela tombe bien dans une philosophie cartésienne, dualiste et dans laquelle l’esprit prime sur le corps. Je me demande si la démonstration de Poulain reste valable dans un autre contexte.

Doit-on être cartésien pour être féministe ?