[bio] Susan Moller Okin

[photopress:memres_okin600.jpg,thumb,pp_image]Susan Moller Okin naît en 1946 à Auckland en Nouvelle-Zélande. Divorcée de Bob Okin, elle a deux enfants, Laura et Justin.

Une philosophe féministe. Licenciée de l’université d’Auckland, elle obtient un master en philosophie à Oxford en 1970, puis un doctorat à Harvard en 1975. Elle se tourne alors vers l’enseignement et la recherche universitaire. Elle enseignera à Auckland puis aux Etats-Unis à Vassar (New-York), Brandeis (Massachussetts), Harvard (Massachusetts) et à partir de 1990 à Stanford (Californie). Elle y sera directrice du programme « l’Ethique dans la société » de 1993 à 1996. Ses travaux se concentrent sur la question du genre et la politique. Elle est considérée comme la première à avoir lié ces deux domaines. Elle montre que la question du genre est au cœur de la philosophie politique et reproche aux philosophes présents et passés de l’avoir toujours tenue à la marge voire même de l’avoir exclue. Ses deux ouvrages parus en 1979 et en 1989, Women in Western Political Thought et Justice gender familymarquent des tournants aussi bien pour la pensée féministe que pour la pensée politique. La famille ne peut plus être exclue d’une réflexion sur la justice, de même que la question de l’égalité hommes-femmes au sein de cette institution.

Une féministe engagée. A la fin de sa vie, Moller Okin prête attention aux revendications des femmes dans les pays les moins développés. Ses recherches se concentrent sur le genre, le développement économique et les droits des femmes à la fin du vingtième siècle. En 1999 elle publie Is multiculturalism Bad for women ? où elle montre que les droits des femmes doivent primer sur ceux de certaines cultures. Elle laisse la parole à plusieurs contributeurs, y compris des opposants. Elle s’engage dans une association de San Francisco Le Fonds mondial pour les femmes (Global Fund for women) qui octroie des dons à des organisations luttant pour l’éducation des filles, l’élimination des violences contre les femmes ou l’élimination des violences sexistes. En janvier 2004, elle voyage en Inde à l’occasion du Forum social international à Mumbai.

Une philosophe, une enseignante, une femme reconnue. Au cours de sa carrière Moller Okin a reçu de nombreuses récompenses pour ses recherches et son enseignement. A sa mort, le 3 mars 2004, les hommages se multiplient. Les étudiants saluent une professeure attentive et passionnante, les professeurs de Stanford une collègue honnête et loyale, les philosophes ses recherches innovantes. En 2004 elle envisageait d’étudier la biologie évolutionnaire d’un point de vue féministe. Elle voulait également publier un nouveau recueil sur la question du multiculturalisme.

Justice, Gender and The Family

Rédaction. L’essai paraît en 1989. Moller Okin y défend cette thèse : « Until there is justice within the family, women will not be able to gain equality in politics, at work or in any other sphere » (Tant qu’il n’y aura pas de justice au sein de la famille, les femmes ne pourront pas obtenir l’égalité en politique, au travail ou dans n’importe quel autre domaine). Toute la société est construite sur une proposition implicite : les travailleurs ont des femmes à la maison pour prendre soin des soucis domestiques. Tant que l’on en n’aura pas pris conscience, les choses ne pourront pas changer pour les femmes. Pour l’instant, on fait comme s’ils étaient égaux, mais ce n’est pas vrai. C’est quand le couple se sépare que toute l’injustice cachée derrière des motifs rationnels apparaît.

Réception. L’ouvrage a connu un grand retentissement au près des philosophes et du grand public parce qu’il contient des idées nouvelles, mais aussi parce qu’il s’inscrit dans le débat sur la justice soulevé dans les années 80 à la suite de la publication de Theory of justice de John Rawls. Moller Okin montre que tous les philosophes, en particulier ses contemporains, ont traité la question en sujet masculin et ont oublié cette prémisse. La conséquence de cette fausse neutralité en matière de genre a été de négliger la question de la famille, de la rejeter dans la sphère privée. Elle reprend la théorie de Rawls en y introduisant la question du genre et en déduit qu’il faut poser la question de la justice au sein de la famille. Rawls reverra d’ailleurs sa théorie dans les années 90 en prenant en considération la critique de Moller Okin. Le livre a reçu le prix Victoria Schuck de l’Association Américaine de Science Politique du meilleur livre sur les femmes et la politique de l’année 1989.

Féminisme. Les féministes ont salué l’importante contribution de l’ouvrage aux combats des femmes pour l’égalité des droits. Elles ont plus particulièrement retenu ses propositions concrètes d’interventions politiques : crèches d’entreprise, études du soir, congé parental partagé entre les deux parents…

Traduction française. L’ouvrage n’a été traduit en France qu’en 2008. Il est paru chez Flammarion dans la collection « Champ Essai ».

Bibliographie
Justice, Gender and the Family, Susan Moller Okin, Basic Books, 1991.
Toward a humanist Justice : the political philosophy of Susan Moller Okin, Debra SATZ, Rob REICH, Oxford University Press, 2009.

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