[club] Louisa Mary Alcott – Good Wives : Destins de femmes entre féminisme et conformisme

A travers les 4 sœurs, Louisa May Alcott aborde les différents moments de la vie d’une femme, les différents choix qu’elle peut faire.
Meg permet d’aborder les difficultés face à la vie de la femme au foyer, Jo les difficultés de celle qui veut mener une carrière professionnelle au risque de rester « vieille fille », Amy les difficultés de celle qui veut faire un beau mariage. Quant à Beth, elle est un cas à part, car elle meurt avant de devenir une femme.
Deux destins sont proposées à la femme : le mariage (le titre est assez clair là-dessus) ou la mort (Beth). Etre une épouse ou un ange. Même Jo, d’abord rebelle au mariage, s’y convertit (p. 241).
Face à ce choix réduit de destinée, on peut s’interroger sur le féminisme de l’ouvrage. Il y a d’ailleurs dans le roman des préjugés sur la « nature » des femmes et la « nature » des hommes qui m’ont fait bondir. Je pense en particulier à la description de Demi et Daisy remplie de clichés (p. 177) ou à Meg qualifiée de « modern Eve », (p. 61 )parce qu’elle sacrifie les économies du ménage pour des vêtements, comme si la frivolité était réservée aux femmes, comme si c’était elle qui apportait toujours le mal…
Le roman n’échappe pas à certains préjugés de l’époque certes : notamment celui qui dit que l’amour ne peut se vivre que dans le mariage. C’est en effet l’amour qui est la destinée de la femme, comme nous l’avons remarqué dans le premier volume. Les filles March feront un mariage d’amour, celui qui convient le mieux à leur caractère, même Amy qui voulait un riche époux ne prend pas le premier venu…
Je trouve que, encore une fois si on ôte certains préjugés propres à l’époque de l’auteur, si l’on a l’esprit que la répartition des rôles sociaux est conventionnelle, le roman propose une analyse assez subtile. Il évite les portraits idylliques : la vie au foyer de Meg n’est pas plus simple que l’indépendance revendiquée de Jo. Et c’est toujours d’amour que l’on a besoin au fond…
Je pense ainsi que la description de la vie de Meg peut être mis en parallèle avec le Deuxième sexe, tome II, chapitre V qui expose les idées reçues sur la vie d’épouse et de mère. Meg au moment de son mariage se fait une représentation idéalisée de la vie de femme mariée : p. 51 “Like most other young matrons, Meg began her married life with the determination to be a model housekeeper.”. Plus précisément, pour elle, être une maîtress de maison modèle signifie que “John should find home a paradise”. Mais très vite, elle se rend compte que cette perfection n’est pas possible, qu’elle va y laisser ces nerfs… Une évolution se fait donc, un nouveau contrat entre le mari et la femme… Bien sûr, on est très loin des rapports entre époux revendiqué aujourd’hui… Mais tout de même, je trouve que dans le cadre femme au foyer/ homme au travail, la relation qui se tisse entre Meg et John est respectueuse des deux époux et de leurs besoins respectifs…
De même quand Meg devient mère, elle tombe dans le piège qui consiste à croire qu’elle doit se sacrifier toute entière à ses enfants. Or, comme le remarque Simone de Beauvoir, cela ne peut engendrer que de la frustration et nuire à la femme et à toute la famille. Comme le dit Mrs March P. 192 « If you get dismal, there is no fair weather ». Ici je pense prouver que tu avais tort en pensant à la lecture de Little women que l’auteure réduisait le destin des femmes à être une bonne mère : « Si la femme se marie, ce n’est pas tant pour devenir une épouse que pour devenir une mère et fonder une famille. »

Le message passé à travers Meg est donc qu’une femme ne doit se sacrifier ni à son époux ni à ses enfants. Son équilibre passe par un savant dosage entre son mari, ses enfants et elle.

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