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[club] Pierre Bourdieu – La domination masculine : Séduction et sentiment amoureux

[photopress:Nana.jpg,thumb,pp_image]Nous avons précédemment parlé, dans ce bookclub, de la séduction féminine comme d’un renversement des rapports de force entre homme et femme : dans les romans et les films mettant en scène une “femme fatale”, Nana de Zola par exemple, l’homme est renvoyé à l’état d’être faible et dominé, et non plus d’être fort et dominant. Bourdieu, lui, voit dans l’attitude de séduction féminine une reconnaissance de la domination masculine : chercher à soumettre l’homme par la séduction, ce serait reconnaître sa domination et s’y plier, car chercher à lui plaire. Or la séduction joue justement ce jeu au second degré, pour le renverser sans en avoir l’air : il s’agit de vaincre l’adversaire en lui laissant croire qu’il domine. Il s’agit d’un renversement subtil, non frontal, des rapports de force, mais en aucun cas d’une soumission à une telle “violence symbolique”.

Quant à l’amour, Bourdieu y voit la seule possibilité de suspension du rapport de domination : or cela va, d’abord, à l’encontre de ce qu’il dit de la manière dont ce jeu de domination influe sur le choix du partenaire (sur le fait que les femmes sont plus attirées par des hommes plus grands ou plus âgés qu’elles, par ex.) ; cela relève, ensuite, d’une vision peut-être un peu trop lyrique de l’amour-passion. Dans toute relation humaine existe un rapport de domination, constamment remis en question et réévalué : la domination masculine en est un type, le couple en présente d’autres. Cela ne signifie pas que, dans le couple, les individus ne seraient plus homme et femme, seulement qu’ils le sont autrement – ce qui semble autoriser à concevoir plusieurs définitions des rôles féminins et masculins selon les situations.

Auteur

elodie.pinel@gmail.com

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