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[club] J. S. Mill – The subjection of women : La femme esclave

[photopress:milltaylor.jpg,thumb,pp_image]Tout au long de The subjection of women, Mill file une comparaison entre la condition de la femme dans la “société moderne” et celle de l’esclave dans la Rome et la Grèce antiques, d’une part, et celle du serf par rapport au seigneur, d’autre part . – Mill rappelle d’ailleurs à ce propos que la femme se devait d’appeler son mari son “seigneur”…

Le socle de cette comparaison est le suivant : comme l’esclave, la femme ne peut avoir raisonnablement choisi sa condition de subordonnée. Elle a dû y être contrainte ; cette contrainte, qui se perpétue aujourd’hui par un endoctrinement, a commencé par l’emploi de la force, physique, de l’homme sur la femme. L’hypothèse d’un état de nature dans lequel l’inégalité entre les sexes aurait pour source un simple partage des tâches est donc irrecevable… Dès lors, il en va pour l’homme et la femme comme du maître et de l’esclave : la supériorité du dominant est basée sur l’application de la loi du plus fort.

Or, selon cette loi – c’était ce qu’observait Rousseau lorsqu’il lisait Hobbes – le plus fort ne reste dominant que tant qu’il n’a pas rencontré plus fort que lui. Dès lors, pour renverser les rapports de pouvoir, faut-il renverser les rapports de force? Faut-il que la femme devienne plus forte que l’homme pour lui imposer, à son tour, sa loi? Faut-il, pour sortir d’une inégalité, verser dans l’inégalité inverse?

Telle n’est évidemment pas la solution prônée par Mill, ni celle que les femmes elles-mêmes ont choisie dans leur lutte pour leurs droits. Ce que Mill conteste, c’est la perduration, en son siècle, dans sa civilisation, de la loi du plus fort. Archaïque, cette loi aurait dû disparaître de toute société digne de ce nom (Mill associe clairement les progrès d’une civilisation à l’état d’égalité entre les sexes qui y est atteint). Scandaleuse au regard de l’idéal de justice et de liberté, cette survivance archaïque l’est d’autant plus qu’elle semble tout à fait acceptable par les hommes de cette société anglaise du 19e s. – encore davantage : qu’ils la revendiquent comme naturelle et nécessaire. Ce à quoi Mill répond : mais quel dominant n’a pas jugé sa domination naturelle?

La révolte n’est pas à attendre des oppresseurs ; reste que, pour qu’il y ait révolte, il faut que les opprimés se soulèvent, seuls : et c’est à ce titre que, contre ce que prédisaient Mill, les femmes n’ont pas eu besoin des hommes pour revendiquer leur droit à la dignité : la résistance nous a fait ce que nous sommes et nous fera encore ce que nous devons être.

Auteur

elodie.pinel@gmail.com

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