[club] Emily Dickinson – Poems : We never know

We never know we go when we are going –
We jest and shut the Door –
Fate – following – behind us bolts it –
And we accost no more –

Ce court poème, justement parce qu’il est bref, me semble illustrer l’idée d’irréversibilité propre à toute séparation définitive (et, par conséquent, à la mort). A travers une seule image, celle de la porte qui se ferme, c’est tout le drame de l’éloignement et de la séparation qui est manifesté : la porte empêche toute communication, elle s’oppose au regard, au toucher, voir à la voix. Je suis aussi très sensible à l’ironie (que tu avais relevée à propos d’un autre poème, même si ici c’est une ironie pessimiste, un peu résignée) à l’œuvre dans ce texte : alors même qu’un drame se joue (une séparation définitive), nul ne s’en rend compte, et nul n’agit conformément à ce drame. Ce qui est, en réalité, solennel, est vécu comme quelque chose d’anodin : on plaisante au moment de fermer la porte, ne s’apercevant pas de ce qui est en train de se passer – le destin la verrouille derrière nous, et on ne revient plus (sic). Il y a donc toujours un décalage entre ce qui se passe en vérité et la perception qu’on en a : on ne peut comprendre pleinement les événements qui nous changent qu’une fois qu’ils sont passés, et que le changement est entériné. Ceci installe dans une attitude de nostalgie vis-à-vis d’un passé perdu, et peut distiller une certaine angoisse vis-à-vis du futur : car comment savoir profiter, à l’avenir, d’un « dernier » moment, puisqu’on ne pourra savoir qu’il était le dernier que quand il sera (déjà) trop tard ?

Ce contenu a été publié dans discussions. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *