Archives mensuelles : juin 2012

[club] Béguines – Pourquoi les béguines furent persécutées ?

Silvana Panciera rappelle que “le mouvement béguinal va être considéré comme suspect”, et ceci dès le XIIIe (autour des années 1230). Une des béguines à avoir été condamnée au bûcher fut Marguerite Porete, originaire de Valenciennes, jugée hérétique à cause des thèses développées dans son ouvrage Le Miroir des âmes simples et anéanties d’amour. Elle fut la première d’une longue lignée de béguines persécutées au XIVe siècle : l’Inquisition les spolia ainsi de leurs biens, comme il avait été fait avec les Templiers au début du XIVe siècle. Silvana Panciera indique que beaucoup de béguinages sont convertis en petits couvents, par exemple augustiniens, au XVe siècle. Aujourd’hui, il n’existe plus de béguines, même si les béguinages ont persisté en Belgique jusqu’au XXe siècle (en nombre très restreint).

Pourquoi cette persécution ? Etait-ce liée à la liberté de ces femmes ? Menaçaient-elles l’ordre social établi ? Silvana Panciera met en avant que c’est la conception de la nature humaine, selon laquelle “l’extrême sainteté” peut être trouvée dans cette vie. Il n’est en effet jamais question, dans les procès d’Inquisition, du fait que ces béguines soient des femmes. Ainsi, le livre de Marguerite Porete fut jugé par des théologiens de la Sorbonne sans qu’il leur soit précisé qu’il était l’oeuvre d’une femme. Il ne me semble donc pas que le sexe des béguines soit en cause dans leur condamnation.

En revanche, en tant qu’elles étaient à la fois dissidentes de l’Eglise et qu’elles acquéraient un pouvoir spirituel sur des sujets royaux ou de seigneurs, elles constituaient une menace à la fois pour le pouvoir temporel et spirituel. Rois, seigneurs et Papauté avaient donc tout intérêt à s’associer pour les faire rentrer dans le rang.

[club] Béguines – Condamnées à l’oubli

Une fois encore nous rencontrons ici des femmes avec une pensée originale, qui ont produit des réalisations concrètes et talentueuses mais qui sont peu connues, oubliées.

J’ai ainsi souvent entendu parler de Maître Eckhart, mais je ne me rappelle pas qu’on m’ait dit qu’il fréquentait le béguinage de Cologne…

Pourquoi ?

Une nouvelle fois on ne peut pas s’empêcher de penser que c’est parce que ce sont des hommes qui ont écrit l’histoire…

De plus on peut avancer que les béguines posent à l’Eglise catholique des questions dérangeantes : rôle des femmes, de la hiérarchie, de la pauvreté, du travail…

[club] Béguines – Le béguinage, le premier féminisme ?

L’ouvrage de Silvana Panciera indique que les béguines ont parfois été considérées comme constituant “le premier mouvement féministe” de l’Histoire (p. 24). Est-ce tout à fait le cas ?

Si on définit le féminisme comme la défense de l’égalité en droits des hommes et des femmes au nom du primat de la nature humaine sur toutes les différences, quelle que soit la borne que l’on mette à ces différences, on peut dire que les béguines étaient féministes, car vivaient conformément à cette idée d’égalité de droits, et ne l’étaient pas parce qu’elles n’avaient pas une démarche de revendication. Le béguinage n’est en effet pas si dissident que cela : son apparition serait lié à une surpopulation féminine (p. 27) et à la volonté des seigneurs de promouvoir des mouvements spirituels nouveaux. L’indépendance vis-à-vis de l’Eglise se présentait comme l’affirmation, par un comté ou un royaume, d’une autorité du pouvoir temporel égale à celle du pouvoir spirituel, détenu par le Pape. Une des grandes dirigeantes à promouvoir le béguinage fut ainsi Jeanne de Constantinople, duchesse de Hainaut.

Mais en arrivant à Jeanne de Constantinople, ne revient-on pas à une démarche féministe, puisqu’il s’agit, là encore, d’une femme ayant voulu affirmer son indépendance ?

Reste que les béguines avaient bien souvent des confesseurs hommes, appartenant soit à l’ordre dominicain soit à l’ordre franciscain, et restaient en cela soumises à l’Eglise pour une partie de leur vie spirituelle.

[club] Béguines – Ni épouses ni moniales

Le mouvement des béguines est très original en ce qu’il se situe à la fois hors de l’Eglise et hors de la société, tout en entretenant des liens étroits avec ces deux entités. Hors de l’Eglise parce que les béguines prononçaient un seul voeu, celui d’être béguine, et que leur statut n’était pas celui de moniale à proprement parler. Hors de la société parce qu’elles échappaient au mariage en décidant d’être béguines, ou bien au remariage lorsqu’elles étaient veuves. Ce statut “hors de l’Eglise” impliquait qu’elles n’étaient pas cloîtrées, comme l’ouvrage l’indique p. 23 ; elles pouvaient donc faire partie de la société, mais d’une manière nouvelle, en vivant de leur travail au sein d’un hôpital ou en dispensant un enseignement par exemple.

Nous allons un exemple d’indépendance financière et sociale de la femme assez inédite, tant pour le Moyen Age que jusqu’au XIXe siècle.

[club] Béguines – Féminisme et socialisme

Je trouve que une nouvelle fois dans notre bookclub nous avons ici un lien entre féminisme (au sens de refus de l’exploitation des femmes par les hommes) et socialisme (au sens de refus de l’exploitation des riches par les pauvres).  On l’avait vu chez Simone de Beauvoir, Clara Zetkins, Rosa Luxemburg notamment.

Les béguines en effet permettent aux femmes d’être indépendantes des hommes mais aussi aux jeunes filles sans dot de vivre une vie religieuse. C’est un mouvement qui s’oppose à la hiérarchie masculine et économique de l’Eglise.

Je pense qu’on est dans un désir (très christique) d’égalité, et plus d’égalité sert toujours et aux femmes et aux classes défavorisées.