Archives mensuelles : mars 2015

[club] Badinter/Lê – Bonne et mauvaise mère

conflitSi Badinter a intitulé son ouvrage Le Conflit. La femme et la mère, c’est, il me semble, parce que ce conflit n’est pas naturel mais culturel – c’est-à-dire : parce qu’il n’y a pas nécessairement de conflit entre être une mère et être une femme.

Selon les pays (Badinter compare les différents pays d’Europe, notamment la France et l’Allemagne), les politiques adoptés par leur gouvernement et les mentalités, le conflit n’est pas ressenti avec la même intensité partout. J’ai été marquée, par exemple, par l’écrasante adhésion à l’idéal de bonne mère, selon les études que cite Badinter, en Allemagne, qui pousse précisément les jeunes femmes les plus diplômées à ne pas avoir d’enfant. Que la France soit la championne des femmes assumant d’être de “mauvaises mères” m’a semblé plutôt sain et rassurant!

Et si pour accepter de devenir mère, il fallait accepter d’être toujours-déjà une mauvaise mère ? D’où de pardonner à ses propres parents de ne pas avoir été à la hauteur de notre demande infantile ? Accepter de devenir parent, n’est-ce pas, au fond, accepter de ne pas être parfait ? Ce que n’accepte apparemment pas Linda Lê dans À l’enfant que je n’aurai pas.

J’irai même  un peu plus loin : l’idéal de la bonne mère est contradictoire avec le rôle réel d’une mère. L’idéal de la bonne mère définit la maternité comme une protection perpétuelle, un amour sans faille, avec un danger de fusion non négligeable. Le rôle réel d’une mère est de protéger, certes, d’aimer, certes, mais aussi de faire grandir et de laisser partir son enfant. Dès le départ, il s’agit de renoncer à ce rôle d’ “alpha et d’oméga”, de mère-monde, que la mère idéale représente dans l’esprit d’un tout-petit. Être une mère, c’est accepter que notre enfant cesse un jour d’avoir besoin de nous ; c’est savoir ne pas avoir besoin de lui. Et pour cela, il faut savoir rester une femme.

Ne pas se réduire à n’être qu’une mère, voilà peut-être la manière dont résoudre le “conflit” entre mère et femme.

 

[club] Badinter/Lê – Maternité et création artistique

linda-leUn argument de Linda Lê me dérange. Il semble que la principale raison qui pousse l’auteure à ne pas être mère est qu’elle veut se consacrer à son œuvre d’écrivain. C’est une idée qu’on a déjà rencontrée : l’incompatibilité entre être mère et être artiste. C’est une idée qui me dérange en premier lieu car elle est le plus souvent sexiste. Il y a quand on est des parents des obstacles matériels et organisationnels, mais ils doivent être surmontés autrement que par un “sacrifice” de la mère. Cela rejoint la thèse de Badinter comme quoi l’égalité des sexes est la solution au conflit entre féminité et maternité.

Il n’y a pas un phénomène biologique ou psychologique qui changerait le cerveau des femmes quand elles deviennent mères et les rendraient incapables de penser ou de créer convenablement. Si c’est cela la crainte de Linda Lê, alors elle est totalement dans l’idéologie de la bonne mère comme quoi la maternité est quelque chose de spécial, de sacré…

De plus, cet argument renferme une image de l’artiste que je n’approuve pas : celle d’un artiste supérieur ou tout au moins différent du commun des mortels et qui ne peut pas avoir la “vie de tout le monde”. Pour moi il n’y a pas d’incompatibilité entre changer des couches et penser/créer, ni entre laver le sol et penser/ créer, sauf qu’on ne fait pas les deux en même temps quoique… Pour moi être parent et être autre chose quoique ce soit, c’est une question d’organisation du temps, et de politiques la facilitant, ce n’est pas métaphysique mais très concret.

[club] Badinter/Lê – Le conflit entre la femme et la mère

elisabeth badinterEn 1980, Elisabeth Badinter montre dans L’Amour en plus que l’identité féminine ne se réduit pas à la maternité. L’un de ses arguments est la mise en évidence chez les femmes d’un conflit entre la maternité et d’autres aspirations, l’ « ambivalence maternelle ». Celle-ci est souvent masquée par l’ « idéologie de la bonne mère » apparue au XVIIIème qui tente de confondre féminité et maternité.
Linda Lê est victime de cette idéologie de la bonne mère de deux façons.
Premièrement, elle doit se justifier de ne pas vouloir d’enfant. Elle subit des pressions pour changer de position. Elle doit prouver que sa décision est rationnelle et réfléchie.
Deuxièmement, Linda Lê me semble elle-même adhérer à cette idéologie de la bonne mère. Elisabeth Badinter explique que celles qui choisissent de ne pas avoir d’enfant adhèrent parfaitement à l’idéologie de la bonne mère. Voyant qu’elles ne sauront pas être à la hauteur, se sentant coupable du sentiment ambivalent qu’elles éprouvent à l’envie d’être mère, elles renoncent. En niant l’un des termes du conflit entre maternité et féminité, elles le résolvent. Tout comme les tenants de l’idéologie le résolvent en niant l’autre partie du conflit.
De plus, Badinter remarque que les tenants de l’idéologie de la bonne mère ne devraient pas condamner celles qui choisissent de ne pas être mère pour ne pas être mauvaise. Comment à la fois condamner les mauvaises mères et les femmes responsables qui reconnaissent leur défaut ? Badinter déplore ce paradoxe.
Linda Lê selon moi est tout à fait dans ce paradoxe quand elle présente sa décision de ne pas être mère n’est pas naturelle. Je me méfie de l’argument de la nature quand on parle des humains. Y-a-t-il une vocation de l’homme à se reproduire? J’ai tendance à penser que non, que la reproduction est quelque chose d’animal, alors que les humains ont une sexualité, le propre de la sexualité est d’être indépendante des fonctions biologiques de reproduction… De plus, je me demande si cet argument de la nature s’applique également aux hommes. Dans l’ouvrage ce n’est pas clair si le refus de la paternité est au même plan que le refus de la maternité, selon moi il devrait l’être. On ne peut pas dire qu’une femme qui refuse d’être mère brave les lois de la nature, mais pas un homme qui refuse d’être père.

Je renvoie à l’article que j’avais écrit sur l’ouvrage Badinter Le Conflit. La femme et la mère publié sur ce site (https://www.quiapeurdufeminisme.fr/?p=553).