Archives mensuelles : janvier 2010

[bio] Immanuel Kant

kantImmanuel Kant naît le 22 avril 1724 à Königsberg dans une famille modeste. Il est le second de six enfants.

Formation. En 1732 après avoir appris à lire, écrire et compter dans une école de charité, il entre à l’Académie Royale et poursuit des études universitaires à Königsberg entre 1740 et 1746. Sa première œuvre date de 1746 et porte sur l’évaluation des forces vives. Elle relève à la fois des mathématiques et de la philosophie. Il devient précepteur dans différentes familles et donne des conférences privées. A cette occasion il est amené à sortir de Königsberg qu’il ne quittera plus une fois trouvé un emploi stable.

Professeur. En 1770, il se voit proposer un poste à l’université de Königsberg. Il occupe dans un premier temps la chair de mathématiques qu’il échange très vite contre celle de logique et métaphysique. Il enseignera jusqu’en 1796 à l’université. Il mène une vie solitaire et sédentaire consacré à l’étude. La légende veut qu’il n’ait modifié que deux fois le déroulement de sa journée : lors de la lecture de l’Emile de Rousseau et lors de l’annonce de la Révolution française. Il est respecté de ses étudiants et de ses confrères. Le philosophe Herder, un ancien lève, loue la vivacité de sa pédagogie : « Son cours ex cathedra était comme la plus passionnante des conversations. ».

La philosophie critique. Son entrée à l’université coïncide avec un tournant dans sa pensée. Jusqu’ici proche de Leibniz et Wolff, il va s’en démarquer et développer sa propre pensée. Il qualifie son entreprise de critique : il examine les pouvoirs de la raison et le domaine de leur exercice. Il se démarque des pensées de son temps par ce qu’il nomme  une « révolution copernicienne » : le sujet devient le centre de la connaissance à la place de l’objet. Il en résulte une condamnation de la métaphysique qui transforme des idées (Dieu, immortalité de l’âme…) en objets de connaissance, penchant naturel à combattre. La métaphysique doit se détourner de ces objets pour se tourner vers la morale. La critique de la raison pure paraît en 1781. L’œuvre est considérée comme l’acte de naissance du criticisme. La Critique de la raison pratique paraît en 1790 et la Critique de la faculté de juger en 1788. Madame de Staël dans De l’Allemagne résume ainsi l’entreprise de Kant en opposition au matérialisme : « Kant voulut rétablir les vérités primitives et l’activité spontanée de l’âme, la conscience dans la morale, et l’idéal dans les arts ».

L’anthropologie pragmatique. Dans son cours de logique publié en 1800 par Jäsche, Kant résume l’entreprise philosophique à quatre questions : 1) Que puis-je savoir ? 2) Que dois-je faire ? 3) Que m’est-il permis d’espérer ? 4) Qu’est-ce que l’homme ? La philosophie critique entreprend de répondre aux trois premières questions, mais la dernière relève de l’anthropologie.  Il faut cependant garder une vue d’ensemble car « les trois premières questions se rapportent à la dernière ». L’originalité de l’anthropologie kantienne est d’être pragmatique et non spéculative : elle est séparée de la métaphysique et cherche à déterminer la nature humaine intemporelle. C’est dans cette partie de la philosophie kantienne que l’on trouve les considérations sur les sexes : Anthropologie d’un point de vue pragmatique (1798); Métaphysique des mœurs (1797). ( Cf. Les Femmes de Platon à Derrida -anthologie de Françoise Collin, Evelyne Pisier et  Eleni Varikas- p. 356).

Kant meurt en 1804 à Königsberg. Son œuvre aura une influence considérable sur l’histoire des idées.

Sur la différence des sexes

Du vivant de Kant déjà, ses anciens élèves ont publié leurs notes de cours. Le philosophe lui-même s’est appuyé sur des notes d’étudiants pour rédiger son dernier ouvrage édité de son vivant Anthropologie d’un point de vue pragmatique (1798). Sept cahiers de notes de cours ont été à ce jour édités et la recherche de manuscrits n’est pas achevée.

Dans le manuscrit attribué à Friedländer se trouve un texte sur la différence des sexes. Kant y soutient un point de vue en accord avec son temps sur la répartition des rôles entre les hommes et les femmes. Il justifie cette répartition par la différence physique entre les deux sexes. Il déduit une complémentarité des rôles au sein de la société de la complémentarité des sexes dans la reproduction, seul but de la sexualité selon lui. D’autre part il voit dans le mariage la fin de la femme et le moyen d’y acquérir une position sociale. “C’est par le mariage que les femmes acquièrent leur valeur”.

Cette pensée a certes peu influencé les féministes, mais a alimenté un positionnement sexiste chez les philosophes. On peut cependant remarquer que la position kantienne sur la sexualité – comme quoi toute relation sexuelle chosifie le partenaire – développée dans la Métaphysique des mœurs, est parfois repris pour condamner la pornographie ou la prostitution.

Pour aller plus loin

DE QUINCEY Thomas, Les derniers jours d’Emmanuel Kant, Mille et une nuits, 1996 [1897].

PHILOMENKO Alexis, L’œuvre de Kant, Vrin 1981.

http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Emmanuel_Kant

Bibliographie

KANT, Sur la différence des sexes, Payot et Rivages, 2006.

KANT, Qu’est-ce que les Lumières ?, GF Flammarion, 1991.

KANT, Métaphysique des mœurs, tome II, GF Flammarion, 1994.

[bio] Pierre Bourdieu

pierre bourdieuPierre Bourdieu naît en 1930 à Denguin dans les Pyrénées-Atlantique.

De la philosophie à la sociologie.  Interne au lycée Louis-Barthou de Pau, Bourdieu est un bon élève, admis après son baccalauréat en classe préparatoire littéraire à Louis-le-Grand à Paris en 1948 puis à l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’Ulm. Il choisit la philosophie comme dominante mais s’inscrit contre les courants « dominants » à l’époque en s’intéressant à la philosophie de l’histoire et à l’épistémologie enseignée par Bachelard et Canguilhem. Il soutient en 1953 un mémoire sur les Animadversiones de Leibniz sous la direction d’Henri Gouhier et obtient l’année suivante l’agrégation de philosophie. Il décide alors de soutenir une thèse sous la direction de Canguilhem tout en enseignant au lycée de Moulins. En 1955, il est rappelé à ses obligations militaires. D’abord affecté au service psychologique des armées à Versailles, il est muté, sans doute pour des raisons disciplinaires, en Algérie pour deux ans à l’issue desquelles il abandonne sa thèse. Il souhaite en effet poursuivre ses études en Algérie et occupe de 1958 à 1960 un poste d’assistant à la Faculté des Lettres d’Alger. Cette période algérienne va le tourner vers la sociologie. Il conduit plusieurs séries de travaux qui conduisent à l’écriture de plusieurs ouvrages : Sociologie de l’Algérie ; Travail et travailleurs algériens en collaboration avec Alain Darbel, Jean-Paul Rivet et Claude Seibel ; Le Déracinement en collaboration avec Abdelmalek Sayad. Même lorsqu’il ne l’étudie pas directement, l’Algérie reste présente dans son œuvre. Ainsi en 1998 dans la Domination masculine, il propose une analyse des mécanismes de reproduction de la domination masculine dans la société kabyle traditionnelle.

Il épouse en 1962 Marie-Claire Brisard avec laquelle il a trois enfants. Il s’installe avec sa famille à Antony et entame une carrière de sociologue, universitaire et chercheur.

Une carrière prestigieuse. Il intègre en 1964 l’Ecole des Hautes Etudes en sciences sociales et publie les Héritiers en collaboration avec Jean-Claude Passeron. L’ouvrage rencontre un grand succès et met Bourdieu sur le devant de la scène sociologique française. L’année suivant paraît Un Art moyen qui inaugure une série de travaux portant sur les pratiques culturelles : L’amour de l’Art en 1966, La Distinction : critique sociale du jugement. En 1968 il prend position dans les mouvements sociaux et rompt avec Raymond Aron. Il fonde le Centre de Sociologie de l’éducation et de la culture et publie en collaboration avec jean-Claude Passeron et Jean-Claude Chamboredon Le Métier de Sociologue. Ses concepts (habitus, champs, violence symbolique) et son projet de dépasser les oppositions conceptuelles fondatrices de la sociologie, notamment entre structuralisme et constructivisme, interpellent et séduisent par les avancées qu’ils permettent. Dans les années 1970 les travaux de Bourdieu commencent à gagner une reconnaissance internationale, dans le monde anglo-saxon tout d’abord, puis au Japon et en Allemagne. Il devient professeur du Collège de France en 1981, puis en 1985 directeur du Centre de sociologie européenne. Le CNRS lui accorde la médaille d’or en 1993 ; c’est la première fois que le centre prime un sociologue.

Editeur. En parallèle à cette carrière, Pierre Bourdieu conduit des travaux d’édition. En 1964, il devient directeur de la collection le sens commun aux Editions de Minuit. En 1992, il met fin à cette collaboration au profit du Seuil.  Ce travail d’éditeur lui permet de publier ses livres et ceux de ses élèves ou collaborateurs ainsi que des classiques de la philosophie ou des sciences sociales qui ont joué un rôle dans la construction de sa pensée. Il crée également en 1975 la revue Actes de la recherche en sciences sociales qu’il dirigera jusqu’à sa mort. Il y rend compte de ses travaux et de ceux de ses élèves. Cette revue innove par sa mise en page, son format et l’importance accordée aux illustrations.  En 1995, il crée une maison d’édition, Raisons d’agir, qui publient des travaux critiquant le néolibéralisme.

Engagement et controverses. A partir des années 1980, Bourdieu s’implique dans la vie publique et devient à partir de 1990 une figure médiatique qui s’engage dans tous les conflits en dénonçant le néolibéralisme et le désengagement de l’Etat. Il devient alors une des figures du mouvement altermondialiste qui se met alors en place.  Ses interventions et ses prises de position se retrouvent dans Contre-feux et la Misère du monde. Son engagement lui vaut une grande renommée dépassant largement le milieu universitaire mais il est également l’objet de vives critiques et l’objet de controverses.

Il meurt le 23 janvier 2002 à l’hôpital Saint Antoine à Paris. Il laisse un ouvrage inachevé sur le peintre Edgar Manet.

La domination masculine

Rédaction. L’ouvrage paraît en 1998 au moment du débat sur la parité hommes/ femmes en politique.  Bourdieu y soutient que « Le monde social construit le corps comme réalité sexuée et comme dépositaire de principes de vision et de division sexuants ». On justifie la différence des sexes par le biologique, mais en fait, c’est l’inverse : c’est le social qui construit le biologique. Les femmes adhèrent à ce phénomène : « La violence symbolique s’institue par l’intermédiaire de l’adhésion que le dominé ne peut ne pas accorder au dominant (donc à la domination) » ; Bourdieu renvoie dos à dos les courants féministes : ils ignorent l’effet de structure et les limites de la conscience. Il faut pour changer les choses en profondeur reconnaître que la volonté des sujets est insuffisante car l’inégalité des sexes relève de l’habitus.

Réception de l’œuvre. La domination masculine obtient dès sa sortie un succès populaire et médiatique. Chez les féministes par contre, la réaction est mitigée. En 1999, Beate Kras, Marie Duru-Bellat, Michelle Perrot et Yves Sintomer publient une réponse à Bourdieu dans Travail, genre et sociétés. Ils reprochent à l’ouvrage d’apporter peu aux travaux des chercheurs féministes et surtout de les ignorer. De plus ils reprochent à Bourdieu une erreur méthodologique : il oublie sa position de dominant.

Bibliographie

La domination masculine, Points seuil, 1998.

Pour aller plus loin

http://www.monde-diplomatique.fr/dossiers/bourdieu/

http://www.mouvements.info/La-critique-feministe-et-La.html