Archives mensuelles : janvier 2015

[club] Lys dans la vallée/Marquise de Saluces – Résignation et émancipation

 

saluces2Comment lire le conte de Boccace, si dérangeant pour nous ? Et comment le comparer au roman de Balzac, qui nous parle tellement davantage ?
A mon sens, le conte de Boccace est à lire dans son contexte et en relation avec les autres contes du même auteur : celui-ci s’adonne à une écriture divertissante, grivoise, ironique, peu complaisante à l’égard de l’institution conjugale. Ici, il met en avant la folie du marquis et la force d’âme de la marquise qui résiste aux injustices qui lui sont commises. Une lecture spirituelle, où le calvaire de la marquise est rapproché de celui du Christ, n’est pas à exclure. Le livre de Job peut aussi être convoqué pour éclairer le message du conte : il ne s’agit pas de dire qu’il est juste qu’une femme se soumette à son mari mais de donner un exemple de comportement exceptionnel face aux injustices. La soumission apparente de la marquise de Saluces n’est pas un asservissement mais une émancipation, car rien ne la touche : elle est au-dessus de tout. Cet état d’exception, cette quasi “sainteté”, est récompensée à la fin du conte ; elle aurait très bien pu l’être après la mort de la marquise, dans une perspective chrétienne, tant ce conte ressemble à une vie de martyre.
Mme de Mortsauf semble à première vue prolonger cette figure de résignation plus d’humaine. Le vocabulaire religieux émaille d’ailleurs les portraits qui sont faits d’elle : elle est un ange, une sainte… Mais sa lettre-testament fait tomber le masque : son visage angélique était un visage de composition. Au fond d’elle-même, elle n’a jamais vraiment renoncé à ses désirs, à ses espoirs. Aussi en est-elle réduite à se mortifier, jusqu’à se tuer.

A partir de cette comparaison, ce qu’il me semble, c’est que ces deux récits acceptent les mêmes valeurs et que c’est au nom d’une même logique que l’un se finit bien quand l’autre se finit mal.

[club] Lys dans la vallée/Marquise de Saluces – La violence conjugale

salucesLa marquise de Salusses et la comtesse de Mortsauf sont deux victimes de violence conjugale qui se résignent à cette violence, persuadée que la vocation de l’épouse est d’être patiente et de supporter les quatre volontés de son époux.

La nouvelle de Boccace est un conte, donc les violences sont extrêmes : humiliations, enlèvement de ses enfants… Cependant je suis choquée que toutes ces violences apparaissent justifiées par le test : il veut tester la patience de son épouse. Est-ce de l’ironie pour blâmer le mari ?

Le comte de Mortsauf est un pervers : il exerce sur sa femme une violence psychologique. Ses changements d’humeur sont constants : il passe des insultes aux louanges, de la colère aux caresses. “Il finissait toujours par attaquer chez sa femme une corde sensible et quand il l’avait fait résonner, il semblait goûter un plaisir particulier à ces nullités dominatrices”

[club] Lys dans la vallée/Marquise de Saluces – Désir refoulé, égalité des sexes?

Balzac1820sXIR240955Le lys dans la vallée est le roman de deux désirs inassouvis celui de Félix pour Henriette, celui d’Henriette pour Félix. Le jeune homme ne cache pas son désir « Saisi par le premier accès charnel de la grande fièvre du cœur, j’errai dans le bal devenu désert, sans pouvoir y retrouver mon inconnue ». Madame de Mortsauf est plus discrète mais son désir est présent dès le début. Ainsi, lors de leur seconde rencontre, Félix et la comtesse rougissent : « Je ne sais pas qui d’elle ou de moi rougit le plus fortement ». Ce rougissement réciproque signale des sentiments réciproques, des désirs réciproques. D’ailleurs dans sa lettre posthume la comtesse confiera que les baisers de Félix au bal « ont dominé [sa] vie ».De même, le désir va dominer le roman.
Y aurait-il une égalité des sexes devant le désir?

[club] Le lys dans la vallée – Désir refoulé / Un roman scandaleux

le lysCe roman en son temps a été jugé immoral et scandaleux. Pourtant Madame de Mortsauf demeure fidèle, l’adultère n’est pas consommé… Pourquoi donc est-il jugé si durement ? Parce que Madame de Mortsauf est un personnage ambiguë : au fond elle regrette sa vertu, et même si elle ne succombe pas elle désire Félix.

Madame de Mortsauf est au premier abord ce que l’on attend d’une femme : épouse, mère et chrétienne. Elle ne semble connaître que l’amour maternel pensé sur le modèle marial. Elle s’étonne qu’Arabelle fasse passer son amant avant ses enfants, qu’elle puisse aimer sans être mère. Cependant, elle aussi lorsque que, jalouse de lady Dudley, elle se découvre amoureuse, devient insensible aux caresses de ses enfants. Elle l’avoue dans sa lettre d’adieu : « Je me sentis plus mère qu’à demi ». C’est en effet le message porté par le personnage de la comtesse de Mortsauf : la maternité est insuffisante à combler les femmes, insuffisante à les définir. Ainsi la comtesse, bien que mère de deux enfants n’est pas encore une femme : « Quoiqu’elle fut mère de deux enfants, je n’ai jamais rencontré dans son sexe personne de plus jeune fille qu’elle ». C’est en cela qu’elle a mon avis scandaleuse, bien plus scandaleuse qu’Arabelle.