Selon Françoise Giroud, Alma Mahler aurait été une artiste contrariée qui aurait trouvé dans ses mariages avec de grands artistes des compensations à sa vocation frustrée.

Selon Catherine Sauvat, cette vision est partisane et exagérée, un peu trop romanesque pour être vraie, et correspondait plutôt à une vision d’elle-même qu’aurait favorisée Alma Mahler elle-même.

Qu’en penser en définitive ? C’est un fait que lorsqu’elle aurait pu exprimer ses dons artistiques, Alma Mahler ne l’a pas fait : on ne peut pas vraiment parler de frustration ou de contrariété. Est-ce pour autant une simple courtisane imbue d’elle-même ? La question est difficile à trancher.

Peut-être correspond-t-elle à une catégorie que nous n’avions pas envisagé auparavant : celle de la « femme d’artiste », qui assume à la fois la vie mondaine attachée à certaines carrières artistiques et évolue depuis toujours dans les cercles concernés.

Alma a composé durant sa jeunesse et affiché l’ambition d’écrire un opéra. Après son mariage avec Mahler, son activité artistique se ralentit. Après la mort de Mahler ses œuvres n’intéressent plus.
Doit-on y voir une vocation étouffée par les conventions sociales ? Ou bien Alma était-elle simplement peu douée ? N’était-elle pas plutôt douée pour s’entourer d’artistes et tenir salon? Les biographes ne sont pas d’accord sur cette question. Cependant, ses œuvres étant encore jouées, on peut penser qu’elle avait du talent. Nous ne savons pas pourquoi elle a cessé de composer : était-ce une lassitude personnelle ou pressée par la société ? Peut-être un peu des deux. Il semble qu’elle ait privilégiée sa vie amoureuse à sa création artistique et qu’elle préférait être avec des artistes plutôt qu’être une artiste.

Avant d’être une femme de, Alma fut une fille et même une belle-fille de. Son père était un peintre réputé, comme son beau-père, et sa première amourette fut nouée avec Gustav Klimt, un ami de la famille. Qui plus est, son père entretenait des rêves de gloire et les a transmis à sa fille.

Par-delà la condition féminine de son époque, Alma Malher a -t-elle été déterminée à se penser comme « femme de » par son milieu familial ?

[club] Alma Mahler – Veuve de

janvier 27, 2019 | daisy | 1 réaction

Alma a vécu 85 ans (1879-1964) et a été l’épouse de Gustav Mahler pendant 9 ans (1902-1911). Elle a également été mariée à Franz Werfel pendant 16 ans (26 ans si on compte leur vie en commun). Avant d’être une femme d’artiste, elle est donc d’abord une veuve d’artiste. Elle se distingue par sa gestion de droits d’auteur et sa vie amoureuse.
Est-ce qu’être donne plus de liberté aux femmes? L’exemple d’Alma ne plaide pas pour un oui. Premièrement elle s’est remariée. Ensuite elle n’a pas créé après la mort de Mahler.

[club] Fanny Mendelssohn : Sœur de

décembre 17, 2018 | daisy | 1 réaction

Une fois n’est pas coutume. Fanny n’a pas été empêché de publier par son mari, qui lui était peintre. Il l’a au contraire encouragé. Il l’a représentée en Myriam. Ce sont son père et son frère qui se sont opposés à ce que Fanny devienne une compositrice professionnelle.

Fanny était très proche de son frère Felix Mendelssohn. D’après les biographes leur relation était fusionnelle, le frère meurt d’ailleurs six mois après sa sœur d’une attaque comme elle. Cependant, il l’a toujours encouragé à demeurer une amateur : jalousie ? préjugés ?

Shakespeare n’avait sans doute pas de sœur, mais Felix Mendelssohn oui. Elle s’appelait Fanny. Elle a appris la musique et le piano avec lui jusqu’à ce qu’elle ait quatorze ans. Ensuite leur père a souhaité une carrière professionnelle pour son fils et a préféré que sa fille demeure une « dilettante ». Si Fanny Mendelssohn n’avait pas été une fille, elle aurait peut-être été le seul Mendelssohn dont on se souvienne aujourd’hui.
Fanny a été victime des préjugés de son père sur les femmes : elle devait pas être des artistes professionnelles. Mais le genre n’est pas le seul problème de Fanny. Sa classe sociale l’est tout autant : elle n’avait pas besoin de gagner sa vie, donc de publier sa musique.

Clara Schumann se distingue par son talent, sa précocité, son intelligence, sa force morale… mais aussi par son éducation. Son père y a en effet pris une part active, concentrant toute son énergie sur la promotion sociale et musicale de sa fille.

Il y a à ma connaissance peu de cas similaires dans l’histoire de la musique, lorsque le musicien est une fille s’entend. En ce sens, Clara Schumann a bénéficié d’une éducation qui aurait pu être réservée à un garçon à son époque.  On lit d’ailleurs dans l’ouvrage de Brigitte François-Sappey que la manière dont Fanny Mendelssohn était considérée par son frère Félix diffère grandement de celle dont Clara l’était par son père ou par Robert Schumann : on empêchait Fanny de publier ses compositions sous son nom, on y autorisait et même incitait Clara. Il me semble que cet élément est important pour comprendre la singularité du destin de Clara Schumann et une des possibles sources de sa capacité à s’affirmer et à s’assumer comme artiste.

Si Clara est aujourd’hui connue sous le nom de Schumann, elle l’était déjà sous son nom de jeune fille, Wieck. Son père l’a en effet soutenue (et même poussée, voire coachée, pour utiliser un terme contemporain) à se produire devant les publics de toutes les grandes capitales européennes, quand ce n’est pas devant les familles régnantes (Reine d’Angleterre). Reconnue dans le cercle des musiciens de son temps, ce n’est pas sa rencontre avec Robert Schumann qui fait d’elle un personnage remarquable : c’est sa réputation qui attire Robert Schumann, et sa personnalité qui l’éblouit.
De même, Clara survivra 40 ans à Robert Schumann tout en continuant à mener sa carrière d’interprète ; sa relation avec Brahms aurait pu en faire une autre « femme de » : il n’en a rien été, puisque c’est bien plutôt lui qui se mit au service de cette femme, peut-être un peu à la mode des troubadours du Moyen Âge.

Clara Schumann est une interprète et une compositrice. L’ouvrage de Brigitte François-Sappey met en avant ces deux pans de son identité musicale, livrant parfois des analyses des oeuvres de la jeune femme.
Car c’est bien de « jeune femme » qu’il convient de parler : Clara Schumann a surtout composé dans son jeune âge, avant de devenir mère. Si ses compositions n’ont pas radicalement cessé après son mariage, on observe un ralentissement de la production et, même, la survenue d’un complexe chez la musicienne : elle juge elle-même l’une de ses pièces comme « insipide » « effémininé[e] », « sentimental[e] » (p. 61), lorsqu’elle les compare à celles de son mari.
Robert Schumann n’aura pourtant pas cherché à brider sa femme dans sa création ; mais il semblerait qu’elle se soit auto-castrée, se réservant au seul rôle d’interprète, et qu’elle ne se soit adonnée à la création qu’avec douleur et presque à contre-coeur.